Le changement de famille fait partie du travail du conseiller AFS, en collaboration avec le responsable local des conseillers et le responsable de l’accueil de son comité. En dépit des soins apportés au jumelage élève-famille d’accueil, environ 22 % des participants changent de famille au cours de leur expérience AFS.
La décision de changer un participant de famille d’accueil est importante et peut être lourde de conséquences pour l’élève, la famille d’accueil et AFS . Cette décision doit se prendre en ayant en tête le mieux-être du participant et de la famille d’accueil, mais aussi en tenant compte des autres facteurs qui assurent la poursuite d’un accueil de qualité et en toute sécurité pour cet élève et les autres participants actuels et à venir.

Motifs de changement de famille

Il y a divers motifs pour appuyer le changement de famille d’un participant. Voici les conditions justifiant cette décision, ainsi que les procédures à prendre et les attitudes à adopter dans chacune des circonstances:

  • À la demande du participant ;
  • À la demande de la famille d’accueil;
  • Pour des raisons affectant la santé ou la sécurité du participant ;
  • Non-respect des normes AFS par la famille et des exigences liées à l’accueil ;
  • Changement significatif dans la famille qui affecte la capacité d’accueillir;
  • Difficultés d’intégration et d’ajustement dues à une trop grande différence entre le participant et la famille d’accueil;
  • Gestes inappropriés posés par un membre de la famille d’accueil ou du participant .

Dans tous les cas de changement de famille, le participant et la famille d’accueil auront droit à un traitement juste, équitable et objectif. Les motifs de changement doivent être sérieux et documentés. L’étudiant et les membres de la famille doivent avoir pu s’exprimer sans contrainte sur les circonstances menant à un changement. Si possible, deux bénévoles doivent être au courant et présents lors des rencontres. Le participant ainsi que la famille auront le droit d’exprimer leur point de vue avec un employé d’AFS. Les personnes impliquées lors d’un changement de famille sont généralement le conseiller AFS, le responsable des conseillers, le président du comité local un employé du bureau AFS. Enfin, le responsable à l’accueil du comité local est également impliqué pour trouver une autre famille.

Selon le motif du changement de famille, le conseiller doit suivre le protocole suivant :

À la demande du participant :

Le conseiller doit rencontrer le participant et la famille d’accueil afin que chacun exprime son point de vue. Il faut également que le conseiller, le participant et la famille se rencontrent tous ensemble pour discuter des points difficiles, afin de voir si des changements peuvent être apportés de part et d’autre. Il est important de se donner du temps pour vérifier si des changements ont eu lieu et si cela a permis d’améliorer la relation ou non. Par exemple, on peut se donner deux semaines d’essai avant de se rencontrer à nouveau et voir si la situation s’est améliorée. Si chaque partie a fait des efforts et que rien n’a changé, un changement de famille peut alors être envisagé.

À la demande de la famille d’accueil :

Une famille ne peut être obligée à poursuivre l’accueil d’un participant, mais son engagement envers celui-ci ne peut se briser sans donner un délai suffisant pour trouver une nouvelle famille d’accueil, soit de 3 à 4 semaines.

Pour des raisons affectant la santé ou la sécurité du jeune ( par ex : allergies, malpropreté, milieu non sécuritaire ) :

Lorsque la santé ou la sécurité du participant est en cause, le conseiller doit agir rapidement afin de ne pas prendre de risques. Un placement temporaire peut être envisagé jusqu’à ce qu’une solution permanente soit trouvée.

Le non-respect des normes AFS par la famille et des exigences liées à l’accueil (par ex : ne pas favoriser la participation du jeune aux activités, refus du contact mensuel avec le conseiller, bris de confidentialité…) :
Si le participant ne peut participer aux orientations obligatoires d’AFS ou si la famille n’est jamais présente lors de ces orientations, les bénévoles locaux pourraient décider de changer un jeune de famille. Si une famille empêche un participant de voir son conseiller une fois par mois, cela pourrait également mener à un changement de famille. Le conseiller doit, en effet, pouvoir s’assurer que le participant est en sécurité et doit pouvoir lui offrir du support et un suivi régulier. Un changement de famille peut enfin être envisagé dans d’autres situations. Par exemple, si un participant n’a pas le droit de n’inviter personne dans sa famille ou doit garder de façon très régulière les enfants de la famille d’accueil.

Changement significatif dans la famille qui affecte la capacité d’accueillir (par ex. : perte d’emploi, séparation, maladie d’un membre de la famille…)
Certains évènements hors du contrôle du jeune et de sa famille peuvent se produire comme la maladie, la séparation des conjoints ou la perte d’emploi qui rendent l’accueil du participant trop difficile, même impossible. Si deux bénévoles jugent qu’un participant ne peut demeurer dans une telle situation, il est préférable de le changer de famille. Par ailleurs, ceci devra être fait en toute transparence et discuté au préalable avec le jeune et sa famille d’accueil.

Difficultés d’adaptation et d’intégration dues à une trop grande différence entre le jeune et sa famille d’accueil :
Il arrive que cela ne « clique pas » entre deux personnes. Le conseiller doit alors absolument parler avec le participant et la famille dans le but de favoriser une meilleure compréhension entre eux. C’est en fait l’une des tâches les plus importantes accomplies par le conseiller , car elle rejoint la mission même d’AFS. Par ailleurs, malgré la bonne volonté des personnes impliquées, il se peut que cela ne fonctionne pas. Si après plusieurs rencontres la relation ne s’améliore pas, il faudra envisager un changement de famille et en discuter avec tous ouvertement.

Gestes inappropriés posés par un membre de la famille d’accueil (par ex : harcèlement sexuel, abus d’autorité ou tout toute autre situation qui met à risque la sécurité physique et psychologique du participant):
Tous les participants AFS doivent être traités avec respect. Si le conseiller soupçonne que le participant est victime d’abus, il doit immédiatement le retirer de sa famille puis ensuite poser des questions, et non le contraire comme dans les autres cas mentionnés plus haut. Il faut également aviser un employé du bureau d’AFS sans délais délai et attendre les instructions de ces derniers. Il ne faut jamais confronter le présumé agresseur sans l’accord du directeur général.

Les étapes d’un changement de famille

Rassembler les faits

Lorsque le conseiller envisage un changement de famille, il doit au préalable avoir parlé personnellement avec les membres de la famille d’accueil et le participant en vue de rassembler « les faits ». Il est injuste de cacher sa préoccupation en espérant qu’une telle mesure pourra être évitée. Il est également important de parler avec les personnes qui sont en contact étroit avec le participant et la famille de façon à obtenir leur point de vue sur la relation: les élèves à l’école, les professeurs, etc. Ce faisant, les questions doivent être posées le plus discrètement possible pour ne pas créer de malaise avec la famille ou le participant.

Aviser les responsables

Si la situation indique la possibilité d’un changement de famille, (même s’il ne s’agit pas encore d’une certitude), le conseiller doit communiquer avec le responsable local des conseillers qui, à son tour, doit aviser les employés du bureau d’AFS. En tout temps, les employés d’AFS doivent être mis au courant des difficultés vécues pas les participants et leur famille d’accueil. Ces derniers informeront le partenaire d’envoi qui contactera et rassurera la famille naturelle du participant. Le conseiller ne doit pas communiquer directement avec la famille naturelle du participant.

La décision d’un changement de famille revient aux bénévoles locaux. Si ces derniers ne s’entendent pas à savoir s’il doit y avoir un changement de famille, c’est le président du comité qui doit trancher la question. S’il est absent, c’est le responsable des conseillers. Il est important d’avoir des rapports écrits et de la documentation dans tous les cas.

Amener l’idée d’un changement

L’étape suivante consiste à préparer le participant et les membres de la famille d’accueil à l’éventualité d’un changement. Le conseiller devrait en discuter avec chacun d’eux séparément et leur demander ce qu’ils pensent, ce qui les préoccupe, sans oublier de mentionner clairement qu’il vaut peut-être mieux pour tout le monde qu’il y ait un changement. Il devrait ensuite réunir tout le monde pour revoir de façon très objective les principales difficultés qui amène ce changement. Cette réunion devrait être convoquée dans le but d’amener les personnes impliquées à se rendre compte qu’il existe de sérieux problèmes et à exprimer leurs sentiments. Il se peut qu’à la fin de cette réunion, chacun ait accepté le fait qu’un changement de famille s’impose. Par contre, il est possible que la rencontre se termine par la décision d’essayer encore un peu.

Si tous s’entendent sur une période d’essai, le conseiller devrait résumer le plus concrètement possible les points sur lesquels tous devraient se pencher et qui, d’après cette conversation, exigent certaines améliorations. Il doit alors préciser qu’il y aura une période d’essai de deux ou trois semaines, après quoi il les reverra tous pour faire un suivi. Si aucune amélioration tangible ne s’est produite, un changement de famille sera envisagé.

Aider tout le monde à accepter la décision

Une fois que la décision de changer le participant de famille a été prise, le conseiller doit insister sur le fait que personne n’est à blâmer, que peu importe ce qui est arrivé, tout le monde a fait de son mieux et que l’expérience a probablement eu un côté positif pour chacun. Le conseiller peut aider la famille à voir qu’une fois le stress passé, il pourrait y avoir une possibilité d’amitié avec le participant. Même si le changement est une épreuve difficile à vivre, tous seront soulagés une fois qu’il aura été fait et les commérages, s’il y en a, cesseront vite.

La résistance du participant face au changement de famille

En déterminant si oui ou non le changement de famille s’impose, le conseiller ne peut pas toujours se fier au point de vue du participant ou de la famille. Il est naturel qu’une certaine crainte ou résistance entre en jeu lorsque le moment du changement approche ; les deux parties peuvent donc déformer les faits et faire croire que les choses vont mieux qu’en réalité. Si le conseiller ne s’est pas préparé à cette résistance, il peut mal interpréter cette réaction et voir de l’espoir là où il n’en a pas.

Le participant peut résister à un changement de famille parce qu’il peut ressentir de la gratitude envers la famille et ne pas vouloir la blesser. Le conseiller peut l’aider à comprendre que vouloir prolonger une situation qui serait inconfortable n’est souhaitable ni pour la famille ni pour lui-même. Le conseiller peut également souligner qu’une seconde adaptation peut ne pas être aussi difficile parce que le participant a déjà appris beaucoup de choses sur lui-même et sur les autres.
Le participant peut aussi avoir peur des commérages ou peur de ne pas savoir comment le dire à ses amis. Une réponse simple et neutre à ceux qui poseraient des questions est souvent suffisante. Il peut aussi avoir peur de la réaction de ses parents naturels. Le conseiller peut l’assurer que les employés AFS dans son pays d’origine rassureront ses parents, leur expliqueront qu’un changement de famille est un événement normal, que l’on ne cherche pas de coupable.

La résistance de la famille d’accueil face au changement de famille

De son côté, la famille d’accueil peut aussi hésiter à modifier l’engagement d’accueil de peur de nuire à l’expérience du participant. Le conseiller peut leur faire remarquer que le participant devrait pouvoir vivre dans une situation où l’on se réjouit de sa présence ; qu’au bout du compte, il est préférable de reconnaître que les choses devraient changer que de s’obstiner à faire durer une situation insatisfaisante.

Les parents peuvent penser que le changement sera perçu par les autres comme un manque de flexibilité ou de générosité de leur part. Le conseiller doit les assurer que le changement de famille se fera en toute simplicité et que les commérages, lorsqu’on sait les prendre en main, sont de courte durée et inoffensifs. Il peut aussi leur faire remarquer que c’est faire preuve d’une plus grande flexibilité que de reconnaître les difficultés et de permettre au participant de vivre une autre situation au lieu de prétendre que tout va bien. On ne peut jamais trop insister sur le fait que personne ne peut être blâmé, que personne n’est responsable de ce qui s’est produit.

Où loger le participant

Il se peut que le participant demeure quelques jours dans sa famille d’accueil jusqu’à ce qu’on ait trouvé une nouvelle famille, sauf dans un cas d’abus où le participant sera retiré immédiatement. Le participant peut être logé chez une famille temporaire, par exemple un autre bénévole AFS ou même le conseiller, selon le cas. Parfois, il est important de trouver une famille expérimentée pour évaluer le cas du participant et ainsi aider à mieux comprendre où se situe le problème. La famille temporaire pourrait permettre au participant de reprendre confiance en lui, et au conseiller de se faire une idée plus précise des besoins du participant au sein d’une nouvelle famille.

Dans la mesure du possible, le participant devrait demeurer dans la même école et ne pas changer de comité ni de conseiller, à moins de circonstances spéciales, car un changement de famille est déjà difficile et demande beaucoup d’adaptation de la part du jeune. Les changements de comité doivent être approuvés par un employé d’AFS. La difficulté de trouver une famille d’accueil ne peut être un motif suffisant pour changer de comité.
Le conseiller doit absolument informer le responsable des conseillers qui doit, à son tour, aviser les employés du bureau d’AFS de la date du changement de famille et de la nouvelle adresse du participant.

La deuxième famille

Le conseiller doit être honnête avec les membres de la seconde famille et leur en dire suffisamment sur les problèmes qui se sont posés avec la première famille, de façon à ce qu’ils puissent mieux comprendre le participant tout en respectant la confidentialité. Il ne faut cependant pas alarmer ces gens en leur donnant des détails inutiles ou personnels sur la première famille. Lors des premières rencontres avec les membres de cette deuxième famille, le conseiller doit tenir compte du fait que la personnalité du participant peut s’avérer totalement différente dans un nouvel environnement et aux yeux de la nouvelle famille.

Assurer un suivi après le changement

Le conseiller devrait communiquer régulièrement avec le participant jusqu’à ce que ce dernier se soit adapté à sa nouvelle famille. Il peut avoir besoin d’aide pour reprendre confiance en lui et de quelqu’un à qui confier ses réflexions personnelles sur les réalités de la situation et de son expérience avec AFS. Lors de tout changement de famille, sauf en cas d’abus, il est important que le conseiller communique avec l’ancienne famille d’accueil deux semaines plus tard pour les assurer que le jeune se porte bien et pour savoir comment ils se sentent afin de maintenir des liens positifs avec eux.
Très souvent, ces familles continueront à œuvrer au sein d’AFS.